#10 Chute de Wirecard : l’importance de la diversification

C’est le scandale qui fait la une de tous les journaux financiers depuis 10 jours. Wirecard, pépite du secteur fintech allemand spécialisée dans le paiement est soupçonnée d’une vaste fraude comptable

Credits : Filipe Dos Santos Mendes

Une vaste fraude comptable

Les pratiques comptables de Wirecard sont mises en doute par les journalistes du Financial Times depuis plusieurs années maintenant. Le coeur de l’affaire démarre réellement en octobre 2018, lorsque des lanceurs d’alertes, s'inquiétant qu’une enquête interne sur les pratiques du groupe à Singapour soit une mascarade, contactent les journalistes du Financial Times (FT). A partir de là, le FT publie le 1er article d’une série d’enquêtes qui accuse Wirecard d’une possible fraude.

Wirecard contre-attaque en niant et sera même soutenu par le régulateur allemand, la BaFin, qui interdira la vente à découvert sur le titre pendant 2 mois afin d’éviter que des spéculateurs misent sur une chute de la pépite allemande. Cette réaction était alors justifiée par “l’importance de Wirecard pour l’économie allemande” et “une sérieuse menace pour la confiance des marchés”.

En 2019, le FT a ensuite enchaîné les publications mettant en avant d’autres fraudes potentielles au sein du groupe. Fin 2019, sous la pression de ses investisseurs, Wirecard mandate le cabinet KPMG pour conduire un audit indépendant dans l’espoir de mettre fin à ces accusations et valider le travail de ses auditeurs (le cabinet EY).

Prévue en mars 2020, la publication des résultats annuels du groupe Wirecard audités par EY est finalement repoussée à fin avril.

Fin avril, KPMG remet alors son rapport et indique qu’il n’est pas en mesure de vérifier une partie significative des revenus de Wirecard entre 2016 et 2018, mettant en avant de nombreux obstacles à son audit. KPMG questionne également l’existence d’un montant de 1 milliard d‘euros de trésorerie.

Wirecard contre-attaque via son CEO en déclarant que ses auditeurs (EY) n’ont aucun problème à certifier les comptes 2019 mais que leur publication est repoussée à juin à cause du coronavirus.

En juin, tout s’accélère.

Le 5 juin, les locaux de Wirecard sont fouillés par la police allemande dans le cadre d’une enquête visant les déclarations des principaux dirigeants du groupe en amont de la publication du rapport de KPMG.

Le 16 juin, deux banques philippines, BPI et BDO informent EY que les documents du groupe indiquant la présence de 1,9 milliards d’€ chez elles sont faux.

Le 18 juin, au lieu d’annoncer la publication des résultats 2019, l’exécutif de Wirecard annonce que ces 1,9 milliards d’€ sont introuvables. Or, si Wirecard ne parvient pas à publier des résultats audités, ses créanciers peuvent demander le remboursement immédiat de 2 milliards d’€ de prêts et mettre la société dans une situation de faillite. Le même jour, Jan Marsalek, le COO du groupe est suspendu et un nouveau Chief Compliance Officer (CCO), est nommé.

Le 19 juin, le PDG, Markus Braun démissionne et le nouveau CCO devient CEO par intérim. 

Le 23 juin, la société reconnaît pour la première fois que les 1,9 milliards de cash n’existent probablement pas et de fait l’existence d’une fraude massive.

Le 25 juin, l’ancien CEO, M. Braun, est arrêté pour suspicion de fraudes comptables et de manipulation des marchés. Deux jours après, le 25 juin, Wirecard dépose le bilan, soit seulement une semaine après l’annonce du 18 juin.

Chute vertigineuse en bourse 

Créé en 1999, Wirecard a connu une forte croissance lui permettant de s’imposer comme un des leaders du secteur du paiement en ligne. Introduite en bourse en 2005 à Francfort, Wirecard avait même réussi à intégrer l’indice DAX 30, équivalent du CAC 40 en Allemagne, en remplaçant symboliquement la banque Commerzbank.

En Septembre 2018, le cours de l’action avait frôlé les 200€, et celui-ci se situait encore à plus de 100€ au mois de mars 2020 après la chute des marchés et l’annonce de KPMG sur l’impossibilité de vérifier les revenus générés par Wirecard avec des tiers.

Le 18 juin, lorsque Wirecard annonce finalement qu’une somme de 1,9 milliards, inscrite au bilan, n’a pas pu être certifiée par les auditeurs, tout va alors très vite pour les investisseurs. L’action Wirecard perd 62% de sa valeur dans la journée, puis 99% au total en 7 séances boursières, clôturant autour de 1,30€ le vendredi 26 juin.

Impact terrible pour de nombreux particuliers

Cette chute extrêmement rapide a été terrible pour de nombreux investisseurs particuliers, ce titre étant très populaire en Allemagne. Ainsi, si l’on s’intéresse aux publications de Degiro, un courtier en ligne à bas coûts, Wirecard a été l’action la plus plébiscitée par ses clients allemands chaque mois sur les 6 derniers mois sauf en février.

Par ailleurs, Wirecard était très présente dans les fonds indiciels européens mais aussi dans les sélections des gestionnaires d’actifs allemands et européens. En Europe, les valeurs technologiques avec une forte croissance comme Wirecard sont rares et beaucoup de gestionnaires ont gardé une exposition à Wirecard malgré les premières accusations, certains parfois même jusqu’à 10% de la valeur de leur fonds.

La diversification comme principe clé

La chute de près de 99% de la valeur de Wirecard en quelques jours est un cas extrême des risques du stock picking dont nous parlions dans notre premier article. Ce phénomène illustre au combien il est important de diversifier son portefeuille d’investissements.

Prenons l’exemple d’un investissement de 10 000€, avec 4 portefeuilles types incluant tous Wirecard :

  • Un portefeuille constitué uniquement de 5 actions avec le même poids, soit 2 000€ par action

  • Un portefeuille constitué de 10 actions avec le même poids, soit 1 000€ par action

  • Un portefeuille constitué de 20 actions avec le même poids, soit 500€ par action

  • Un investissement sur un ETF Stoxx 600 Europe, composé de 600 actions européennes, dans lequel Wirecard pesait 0,16% en mai

L’impact de la baisse de 99% du cours de Wirecard, en faisant l’hypothèse que le cours des autres actions ne varie pas, conduit à une perte pouvant aller jusqu’à 1 980€ dans le cas du portefeuille de 5 actions, mais de seulement 16€ dans le cas de l’ETF Stoxx 600 Europe.

Cela revient à une baisse du portefeuille de près de 20% pour le 1er cas et seulement 0,2% dans le cas du Stoxx 600 Europe.

Ainsi, détenir un faible nombre d’actions peut laisser entrevoir des gains élevés en cas de fortes performances, mais aussi des pertes dramatiques dans un cas extrême comme Wirecard.

Sélectionner un grand nombre d’actions individuelles étant très chronophage, il est donc utile d’avoir au moins une base de portefeuille composée d’un ou plusieurs ETFs très diversifiés pour réduire le risque de son portefeuille d’investissements.


Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur la chute de Wirecard, voici quelques ressources supplémentaires : 

Wirecard: the timeline (Article by Financial Times)

Wirecard and the missing €1.9bn: my story (Video by Financial Times)

How Wirecard fooled most of the people all of the time (Article by The Economist)


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Par Guillaume Lartigau et Julien Saint Georges, co-fondateurs d’Axel : l’indépendance au service de votre patrimoine


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